Budget 2027 du Cameroun : entre ambitions de transformation et équation financière sous tension - Adrien Macaire LEMDJA

La circulaire présidentielle relative à la préparation du budget 2027 affiche une ambition claire : soutenir l’investissement, accélérer la substitution aux importations, renforcer la protection sociale et préserver la soutenabilité des finances publiques.
Mais entre les objectifs annoncés et les moyens effectivement mobilisables, l’écart pourrait rester considérable.
Dette coûteuse, arriérés intérieurs, recettes non pétrolières insuffisantes, incertitudes géopolitiques et absence d’un programme de financement actif du FMI : la crédibilité du prochain budget dépendra moins de ses orientations que de leur traduction en ressources disponibles, en dépenses maîtrisées et en résultats vérifiables.
UNE TRAJECTOIRE MACROECONOMIQUE QUI LAISSE PEU DE MARGE.
Signée le 12 octobre 2026, la circulaire de préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027 fixe les grandes priorités de l’action publique dans le prolongement de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Elle retient une croissance réelle de 3,6 %, une inflation de 3,2 %, un déficit budgétaire global, dons compris, de 2,7 % du PIB et un déficit du compte courant de 2,8 % du PIB.
Ces paramètres constituent le cadre de construction du budget, mais ne garantissent ni les recettes attendues ni l’exécution des dépenses prévues.
La prudence s’impose d’autant plus que les dernières appréciations du Fonds monétaire international (FMI) font apparaître une conjoncture plus fragile que ne le suggère une lecture isolée des hypothèses de cadrage.
Dans son évaluation publiée le 1er octobre 2026, à l’issue d’une mission menée au Cameroun, le FMI estime que l’économie a progressé de 3,5 % en 2025, mais anticipe un ralentissement en 2026 sous l’effet du recul de la production d’hydrocarbures, des retards dans le renforcement des capacités de transport de l’électricité et du renchérissement de l’énergie importée.
L’institution souligne aussi que le déficit budgétaire s’est creusé à environ 2,1 % du PIB en 2025, contre 1,5 % en 2024.
Le différentiel entre les projections du FMI et les hypothèses de la circulaire ne constitue pas, en soi, une preuve d’irréalisme. Les prévisions peuvent évoluer et reposer sur des hypothèses différentes.
Il oblige toutefois les autorités à expliciter les leviers qui permettraient d’atteindre 3,6 % de croissance en 2027 : hausse effective de l’investissement, amélioration de la production énergétique, dynamisme des secteurs non pétroliers et accélération des projets structurants.
La question pétrolière illustre cette difficulté. Une hausse des cours peut augmenter les recettes unitaires tirées des exportations, mais elle renchérit simultanément les importations de carburants et peut alourdir les subventions.
Si la production nationale continue de baisser, l’effet net sur les finances publiques reste incertain. Le prix du baril ne saurait donc servir, à lui seul, de garantie de recettes supplémentaires.

UNE CIRCULAIRE QUI FIXE LE CAP, PAS LE FINANCEMENT.
Le texte présidentiel présente plusieurs orientations cohérentes avec les besoins structurels du pays. Il met l’accent sur le renforcement de l’offre énergétique et le rétablissement de l’équilibre financier du secteur de l’électricité, les infrastructures de transport, le Plan intégré d’import-substitution agropastorale et halieutique (PIISAH) pour 2027-2029, ainsi que le Programme d’impulsion initiale (P21), notamment à travers un projet d’usine de production d’engrais.
La protection sociale, l’emploi des jeunes, l’autonomisation économique des femmes, la décentralisation et la consolidation des entreprises publiques stratégiques figurent également parmi les priorités.
Sur le plan budgétaire, la circulaire entend mobiliser davantage de recettes internes non pétrolières, élargir l’assiette fiscale, sécuriser les circuits de collecte, lutter contre la fraude et l’évasion fiscales et mieux taxer certaines activités extractives, notamment aurifères.
Elle prévoit par ailleurs que les dépenses d’investissement représentent au moins 30 % du budget général et demande que les nouveaux projets disposent d’un visa de maturité et démontrent leur impact socioéconomique ainsi que la soutenabilité de leur financement.
Ces orientations constituent des points forts.
Elles reconnaissent que la croissance ne peut durablement reposer sur la seule dépense courante, que la diversification productive est indispensable et que les projets doivent être mieux préparés avant leur inscription au budget.
Mais une circulaire de cadrage est, par nature, un document d’orientation. Elle ne démontre pas que les ressources nécessaires seront disponibles.
L’objectif de consacrer au moins 30 % du budget général à l’investissement n’indique pas, à lui seul, si les crédits seront financés, engagés, ordonnancés puis effectivement payés.
Il ne garantit pas davantage que les projets disposeront des études, des terrains, des contreparties nationales et des capacités d’exécution nécessaires.
Le risque serait donc de construire un budget ambitieux sur des recettes optimistes, puis de procéder en cours d’année à des régulations de crédits, à des retards de paiement ou à l’accumulation de nouvelles obligations impayées. L’enjeu central est de rapprocher le budget prévisionnel de la trésorerie réellement mobilisable.
EXÉCUTION BUDGÉTAIRE : LE TEST DES RÉSULTATS, PAS DES INTENTIONS.
Le débat ne doit pas se limiter au montant du budget adopté, mais porter sur le taux et la qualité de son exécution. L’exécution des recettes permet de vérifier si les hypothèses de mobilisation sont réalistes ; celle des dépenses révèle si les crédits sont effectivement transformés en services, équipements et infrastructures. Il faut aussi distinguer les crédits ouverts, les engagements, les ordonnancements, les paiements et les décaissements effectifs des financements extérieurs.
Les constats du FMI sur l’exercice 2025 sont à cet égard préoccupants : les recettes non pétrolières ont été moins dynamiques qu’attendu, les dépenses courantes ont subi des dérapages et les dépenses d’investissement ont été exécutées en deçà des ambitions initiales.
Le Fonds a également relevé l’importance des soldes engagés non décaissés, qui traduisent notamment des retards dans la préparation et la mise en œuvre des projets.
À la date du 12 octobre 2026, les informations publiques consultées ne permettent pas d’établir ici un tableau consolidé et suffisamment récent de l’exécution budgétaire 2026, arrêté à une même date et ventilé selon les principales étapes de la dépense.
Il serait donc hasardeux d’avancer un taux global sans préciser sa période, son périmètre et sa méthode de calcul. Cette limite documentaire ne signifie pas que les données n’existent pas dans les administrations ; elle souligne la nécessité de leur publication régulière et accessible.
Le budget 2027 devrait dès lors être accompagné d’objectifs trimestriels d’exécution, d’indicateurs de performance vérifiables et de rapports périodiques permettant de comparer prévisions, engagements et paiements.
Les projets anciens qui accumulent les retards doivent être réévalués : les réactiver lorsqu’ils restent pertinents, les restructurer si nécessaire, ou les clôturer lorsque leur utilité et leur capacité d’achèvement ne sont plus démontrées. Inscrire des crédits ne saurait devenir une fin en soi.
QUELLES CHANCES DE RÉALISATION POUR LE BUDGET 2027 ?
La circulaire comporte des atouts : elle privilégie les recettes non pétrolières, met l’accent sur l’investissement productif, rappelle la nécessité de projets mûrs et réaffirme les exigences de soutenabilité de la dette. Elle identifie aussi des secteurs dont les difficultés freinent directement la croissance, notamment l’électricité et les transports.
Ses fragilités tiennent cependant à l’écart possible entre les ambitions et les moyens.
L’objectif d’investissement de 30 % ne garantit pas la disponibilité de financements ; la progression des recettes non pétrolières dépendra de réformes fiscales, de l’élargissement effectif de l’assiette et de l’amélioration du recouvrement ; la maîtrise du déficit exige une discipline sur les dépenses courantes ; enfin, les contraintes de trésorerie et les arriérés peuvent neutraliser une partie de l’effet économique des crédits inscrits.
Trois scénarios se dessinent. Dans un scénario favorable, l’amélioration du recouvrement, la maîtrise des dépenses et l’accélération des projets matures permettent de préserver l’investissement et de se rapprocher des objectifs de croissance.
Dans un scénario central, les ressources se révèlent plus contraintes que prévu, entraînant des arbitrages, une exécution incomplète des investissements et une progression plus lente des résultats.
Dans un scénario défavorable, un choc énergétique prolongé, une production pétrolière plus faible, un accès plus coûteux au financement ou des retards de réforme accroissent les besoins de trésorerie et favorisent l’accumulation de nouveaux arriérés.
La crédibilité du budget dépendra donc de mesures concrètes : un cadrage prudent des recettes, une programmation réaliste des paiements, un plan financé d’apurement des arriérés, la priorité aux financements concessionnels, la sélection rigoureuse des projets et la publication régulière des données d’exécution.
Les risques doivent être chiffrés et faire l’objet de scénarios de sensibilité, notamment sur le prix du pétrole, le coût des importations énergétiques, les recettes non pétrolières et les conditions de refinancement de la dette.
LA CRÉDIBILITÉ SE MESURERA À L’EXÉCUTION.
La circulaire présidentielle peut fournir une base pertinente à l’élaboration du budget 2027. Elle ne peut toutefois, à elle seule, résoudre les tensions de financement ni garantir les résultats annoncés.
La question déterminante est celle de la cohérence entre les objectifs, les ressources effectivement mobilisables, les échéances de dette et la capacité administrative à exécuter les projets.
Le véritable réalisme budgétaire consistera à ne pas confondre ambition politique et capacité de paiement.
Pour le Cameroun, le budget 2027 ne sera crédible que si les hypothèses de recettes sont étayées, les engagements hiérarchisés, les arriérés rendus transparents et les financements sécurisés avant que les dépenses ne soient promises.
En définitive, ce n’est pas la circulaire qui démontrera que le budget est réalisable : ce seront la qualité de ses arbitrages, la transparence de ses chiffres et la régularité de son exécution.
Adrien Macaire LEMDJA
CEO A.M.L Consulting



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