Intelligence artificielle : le Cameroun ne doit plus seulement parler, il doit construire.
- Admin
- 19 juin
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Le G7 d’Évian vient de se terminer, et l’un des faits majeurs aura été la rencontre entre les dirigeants des grandes puissances et les principaux acteurs mondiaux de l’intelligence artificielle. Le message est clair : l’IA n’est plus un sujet de laboratoire. C’est désormais un sujet de souveraineté, d’infrastructure, de sécurité, d’éducation, d’économie et de puissance.
Depuis près de dix ans, nous vivons une tension permanente entre régulation et innovation. L’Europe a souvent voulu réguler très tôt, parfois avant même d’avoir pleinement construit sa puissance industrielle dans l’IA. La régulation est nécessaire, mais lorsqu’elle précède l’innovation, elle peut freiner l’audace, l’expérimentation et la capacité de construire.
Pour simplifier, l’IA n’est pas de la magie. Elle repose notamment sur le machine learning, c’est-à-dire la capacité d’une machine à apprendre à partir d’exemples, et sur le deep learning, qui utilise des réseaux de neurones pour traiter des données complexes : textes, images, voix, comportements, transactions, documents, données publiques ou industrielles. Ce sont des mathématiques, des statistiques, de l’informatique et de l’ingénierie. Il peut y avoir des biais, des erreurs ou des bugs, mais comme pour toute technologie sérieuse, on peut tester, corriger, auditer, sécuriser et améliorer.
Au Cameroun, la CONIA, Conférence Nationale sur l’Intelligence Artificielle, a eu le mérite de mettre le sujet sur la table. Mais nous devons maintenant aller plus loin. L’IA ne peut pas être traitée seulement comme un exercice juridique, administratif ou de communication. C’est d’abord une question d’infrastructure, de données, de plateformes, de puissance de calcul, de cybersécurité, de formation, d’énergie, de financement et d’exécution industrielle.
Le vrai débat pour le Cameroun est donc simple : voulons-nous être consommateurs d’IA ou bâtisseurs d’IA ?
Si nous voulons bâtir, il nous faut une doctrine nationale claire. Il faut un rapport scientifique sérieux, confié à des experts camerounais reconnus, au pays et dans la diaspora, pour définir les choix stratégiques : infrastructure cloud, data centers, souveraineté des données, modèles linguistiques locaux, IA dans l’éducation, la santé, l’agriculture, la finance, les ports, l’aviation, l’administration, la cybersécurité et les services publics.
Il faut également clarifier la question du financement. Le Cameroun dispose de mécanismes et de ressources dans le secteur numérique et télécoms, mais leur orientation stratégique reste peu lisible. Or l’IA exige des investissements lourds. On ne construit pas une économie de l’IA uniquement avec des séminaires. Il faut des plateformes, des serveurs, de l’énergie, des ingénieurs, des datasets, des API, des laboratoires, des marchés publics intelligents et des partenariats industriels.
À mon avis, nous ne pouvons plus attendre que l’État fasse tout. Le secteur privé doit investir massivement dans les infrastructures IA. Le rôle de l’État doit être de faciliter, ouvrir les portes, alléger les procédures, créer des incitations fiscales, sécuriser les investissements, soutenir les champions nationaux et garantir que les marchés publics ne soient pas fermés aux acteurs camerounais capables d’exécuter.
Il reste évidemment un problème central : l’électricité. Sans énergie stable, il n’y aura pas de souveraineté numérique, pas de cloud national crédible, pas de data centers performants et pas d’infrastructure IA sérieuse. La question énergétique doit donc être intégrée dans toute stratégie nationale d’intelligence artificielle.
Pendant ce temps, le Bénin avance, le Rwanda avance, l’Éthiopie avance, le Ghana avance. Le Cameroun ne manque ni de talents, ni de diaspora, ni d’entrepreneurs, ni de marché. Ce qui manque encore, c’est une vision structurée, un financement clair, une infrastructure réelle et une capacité d’exécution coordonnée.
L’Afrique ne doit pas rester spectatrice de cette révolution. Et le Cameroun ne doit pas rester à la traîne.
Il faut réguler, oui. Mais il faut d’abord comprendre, construire, expérimenter et investir.
On ne construit pas une stratégie nationale d’IA avec des slogans. Il faut une doctrine, une architecture, un budget, une gouvernance et une ambition.



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